Interview de Dalhia Abramovic

Dalhia Abramovic est ostéopathe depuis plus de 30 ans, elle exerce en Allemagne et travaille essentiellement avec les femmes et les enfants. Au cours de sa carrière, elle s’est également formée à la médecine chinoise et travaille autour des 4 corps inférieurs (corps physique / mental/ émotionnel /  d’identité). Dans cette interview, elle nous expose les causes et conséquences du syndrome de KiSS. Elle met en avant la nécessité des soins ostéopathiques chez les nourrissons.

Il n’y a pas d’intérêt à attendre afin de consulter un ostéopathe, le plus tôt est le mieux. En effet, en attendant avant de consulter, le corps a déjà pris de mauvaises postures et le travail est alors plus long et difficile.

Pendant la naissance, la tête du nourrisson est extrêmement malléable, cela permet le passage vers l’extérieur. Lorsqu’il pousse son premier cri, des cellules de calcium commencent à jouer leur rôle : permettre aux os du crâne de devenir plus dur et moins malléable.

Au fil du temps, le crâne prend forme et se durcit. Plus on attend avant d’aller consulter, plus les os ont durci et les tensions sont présentes. Il est alors possible d’être confronté à des blocages au niveau de l’ATLAS, dans la fonction crânio-cervicale, plus connus sous le nom du SYNDROME DE KISS (KiSS Type 1, KiSS type 2).

Ce syndrome joue malheureusement un rôle dans les retards du développement psychomoteur de l’enfant, son orientation dans l’espace et la connaissance de son schéma corporel.

Si ce syndrome n’est pas traité, plus tard, il peut y avoir des difficultés relevant de l’orientation dans l’espace, la connaissance du schéma corporel et la motricité fine. Ce sont des enfants qui, plus tard, se cognent souvent, ne sont pas capable de dire si l’est possible de mettre autant d’eau dans un petit bol que dans un grand saladier, ont plus de difficultés en mathématiques…

Le jeune enfant jette ses jouets à terre depuis sa chaise haute, il teste en fait comment ouvrir et fermer sa main. Il teste sa motricité fine, afin, a terme, d’être capable de tenir un stylo dans sa main et d’écrire.

Ce blocage de l’Atlas avec souvent un blocage également au niveau du bassin, se retrouve aussi souvent après des césariennes lié au fait que le liquide amniotique est évacué d’un coup, la tête du nouveau-né subit alors un changement de pression radical.

La tête du nouveau-né, soit 1/3 de son corps, subit lors de la naissance un certain traumatisme.

Il est alors fréquent de retrouver des plagiocéphalies, les os du crâne qui sont dans un premier temps très malléables prennent une mauvaise position, liée à la mauvaise posture du nourrisson. Si celui-ci est toujours dans la même posture, on peut observer la plagiocéphalie, une oreille plus en avance qu’une autre, un œil plus petit qu’un autre, pareil pour les narines. Il y a une réelle asymétrie.

Ce sont de jeunes enfants, qui plus tard auront sans doute besoin d’un appareil dentaire, lié à l’asymétrie et au fait que la mâchoire du bas est contrôlée en partie par l’atlas. Ces interventions au niveau de la dentition et des mâchoires pourraient être évitées en prenant en charge tôt les nouveaux nés atteints de blocages au niveau de l’atlas. J’en profite pour ajouter qu’il est aussi indispensable, et cela quelque soit l’âge, lors d’une prise en charge orthodontiste, qu’il y ait une prise en charge ostéopathique à côté . En effet, si des blocages persistent au niveau du bassin ou de l’atlas, il sera alors impossible de remettre en place la dentition, car il y aura toujours une asymétrie. Vous pouvez le tester à la maison. Mettez-vous debout,  bien droit, les jambes légèrement écartées et ouvrez et fermez la bouche. Puis posez un des pieds sur un livre afin de créer une asymétrie, le ressenti ne sera pas du tout le même. D’où l’intérêt de travailler sur tout le corps en même temps.

Nous sommes un tout, tout et en lien dans notre corps.

Il y a aussi un travail autour des émotions à faire, quand la naissance a été très rapide ou traumatisante, il peut y avoir beaucoup de causes , un nouveau né qui est resté bloqué pendant la descente a connu des angoisses de mort. Un nouveau-né qui est arrivé par césarienne  sans avoir lui-même décidé de sa venue au monde, en disant je suis prête la mère sécrète en conséquence les hormones nécessaires au début du travail,  sera très choqué lors de sa venue au monde. Ce sont souvent des enfants qui sont très calmes les premiers mois, et puis d’un coup, pleurent très souvent. Ces enfants nés par césariennes peuvent avoir plusieurs problèmes par exemple au niveau de la flore digestive du fait de ne pas avoir eu le passage naturel et donc pas de contact avec la flore vaginale de la mère. Ils rencontrent aussi des difficultés au niveau du corps énergétique, du fait d’être choqués d’une naissance bien trop rapide.

Ce sont des enfants très attentifs et observateurs, qui veulent contrôler, du fait du choc et de la peur subie. Ils ont du mal à lâcher prise lors du sommeil, lorsqu’ils ont à peine dormi un petit cycle et qu’ils basculent dans le cycle suivant, ils se réveillent et cherche de suite du monde, leur mère. Ce sont des enfants que l’on dit « très éveillés » dès le plus jeune âge, qui ont toujours de grands yeux, grands ouverts. Lorsqu’on s’intéresse alors de plus près à leur histoire, on se rend compte d’un traumatisme lors de la naissance, un choc.

Cela induit des tensions sans cesse présentes dans le corps. Ce sont des enfants qui sont dépassés lorsqu’il y a du changement, ils ont un grand besoin de routine.

Pour moi il n’est pas suffisant de travailler purement sur le corps physique comme en ostéopathie, mais sur les autres corps (médecine chinoise). J’explique aux parents, le traumatisme subit par leur enfant. J’explique au parent l’importance d’entendre la douleur physique et mentale.

Quand vous vous blessez, la réaction « ce n’est rien, ça va passer », n’aide pas du tout, alors que le fait de dire « Oh oui, j’ai vu que tu t’es blessé, ça doit faire mal, je comprends ». Il en va de même pour le jeune enfant.

J’ai souvent vécu qu’un enfant se détend sur le plan physique, lorsque ses blessures mentales sont entendues et reconnues. Je sais aussi que les mamans savent exactement ce qui s’est passé, les mamans ont cet instinct qui les lie à leur enfant, un lien profond, elles sentent les choses. C’est notre société d’aujourd’hui qui les conduits à sourire en permanence, de préparer un bon gâteau pour l’entourage, dès la sortie de la maternité alors qu’elles ne devraient même pas le faire.

Ces enfants ont besoin d’ostéopathie, ils ont besoin d’être entendus et accompagnés sur le plan émotionnel et physique afin d’avoir une meilleure connaissance de leur schéma corporel. Ces enfants ont besoin d’être beaucoup portés durant les 18 premiers mois, afin de donner une enveloppe sécurisante et de faire accepter son corps à son enfant et de lui dire, tu es parmi nous, nous t’aimons fort, de l’aider à traverser ce traumatisme de la naissance.

Je voudrais ajouter qu’il est indispensable que chaque nouveau-né, soit vu par un ostéopathe afin de lui garantir un bon départ dans la vie.

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